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Le sang des bêtes

Article écrit par Culturemania le lundi 01 février 2016 à 21:30
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Mettons le décompte à 0. Au-delà de tous les problèmes du moment, on a quand même un autre truc immonde qui s'agite sous nos yeux. C'est en lisant le bouquin Bidoche que je suis retombé en référence sur le titre de ce qui est peut-être l'un des premiers reportages choc sur notre production de viande. Ça date de 1949, c'est de Georges Franju, c'est implacable et sans filtre. Et ça se passe à Paris. Que le décompte commence : 200.000 animaux viennent d'être abattus.


Réalisateur : Georges Franju

Année : 1949

Durée : 20 minutes

J'ai dû parfois mettre ma main entre mes yeux et l'écran. Alors si vous êtes sensible, contentez-vous peut-être des mots et évitez les images, parce que le massacre d'un cheval ou d'un veau ne passera pas chez tout le monde. On est dans la période d'après guerre à Paris. On va aller se balader dans les abattoirs de la Villette et de la porte de Vanve, spécialisé dans l’abattage des chevaux. Tout se faisait encore à la main et le cheval qui entre guidé par deux hommes va se faire défoncer par un pistolet d'abattage puis se faire trancher la gorge. C'est en noir et blanc, merci bien. Les meilleurs ouvriers de France sont là, parfaitement qualifiés à l'abattage et à l’équarrissage. Mais des fois, ils se loupent et se coupent l'artère fémorale. Hop, une jambe amputée et on continue. Cheval suivant.

Décompte : 410.000 animaux abattus.

"Dans l'ambiance assourdissante des treuils pneumatiques, les tueurs et ouvriers d’échaudoirs entourés des vapeurs grises du sang des bêtes"
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A la Villette, c'est plutôt les vaches et les veaux qui se font exterminer en masse. Clope au bec, les travailleurs font leur boulot, lançant les veaux sur leur tombeau, tenant la tête et tranchant les cou des animaux, un par un, le gest sûr. La tête pendante, le corps continue de s'agiter pendant des dizaines de secondes. Est-il toujours en vie ? Est-il conscient ? Toujours est-il que c'est à se moment là que se pratique l'évacuation totale du sang par la gorge, recueilli dans des récipients. Les commentaires sont d'un calme glaçant. Pendant ce temps, les têtes sont élaguées de leur truffe, oreilles et cornes par des hommes sifflotant et toujours la clope au bec.

Décompte : 650.000 animaux abattus.

"L'animal mort est encore animé de réflexes, manifestation d'une vie purement végétative."

Des dizaines de corps sans tête animés par leurs derniers réflexes. Les pattes tournées vers le plafond s'agitent. Puis plus rien. Vient ensuite le tour des moutons.
Aujourd'hui ? On continue, en pire et en plus massif. Beaucoup moins de choses sont faites à la main mais c'est un autre sujet bien que dans la continuité de ce documentaire. Certains estiment à 110 milliards le nombre d'animaux tués chaque année. Le temps de lire cet article, 120.000 poulets ont été abattus et deux fois plus d'animaux marins. Alors peut-être que dans un futur pas si lointain, on considérera ces pratiques aussi abominables que celles des (anciens) peuples cannibales et on réalisera alors qu'on a été des putains de meurtriers de masse institutionnalisés.

Décompte : 880.000 animaux abattus.

"La journée se termine. Dans l'étable, les moutons encore agités s'endormiront avec le silence. Ils n'entendront pas les grilles de leur prison se refermer sur eux, ni le petit train de Paris-Villette qui s'en ira à la tombée de la nuit chercher dans les campagnes les victimes du lendemain."

Décompte : 1.000.000 d'animaux abattus.

Article écrit par Culturemania le lundi 01 février 2016 à 21:30

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