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Hostel

Article écrit par Sowilo le vendredi 26 décembre 2014 à 18:41
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Pour qu’un genre reste efficace, il faut qu’il évolue. En terme de cinéma horrifique, Hostel a marqué son époque en poussant les limites, c’est dors et déjà fait. Il est responsable de la prolifération d’un sous-genre aussi douteux que généralement peu respecté, le torture-porn. Mais pour qu’une ribambelle de suiveurs de mauvais goût ridiculise une idée, il faut une idée de base, qui part souvent d’un bon film. En l’occurrence, à ce que j’ai entendu, celui qui serait le « Psychose », ou le « Massacre à la Tronçonneuse » de cette nouvelle ère, ça serait Hostel. Ok, il faut donc que je me tienne à jour des classiques, alors allons flirter avec l’extrême. Attention, version non censurée déconseillée au moins de 18 ans.


Réalisateur : Eli Roth

Cast : Jay Hernandez, Derek Richardson, Eythor Gudjonsson

Nationalité : Américaine

Bon, les jeunes et les âmes sensibles sont couchés, c’est bon ? Alors on va commencer par gâcher l’immense majorité du scénario, sinon, on ne va pas avoir grand-chose à dire. En même temps tout le monde est au courant avant d’attaquer le film, ce qui gâche peut-être un effet de surprise qui avait un certain potentiel. Bref. Nous nous retrouvons en compagnie de 2 jeunes touristes américains plus un européen, venus festoyer à Amsterdam, pour satisfaire leurs diverses envie dont la principale est la consommation de filles. Une fois exploré le cheptel hollandais à disposition, ces trois branleurs sont rancardés par un type qui roule les « R » sur la meilleure façon pour eux de continuer sur cette noble voix. Le bonhomme, en bon commercial, emploie le vocabulaire adapté à la clientèle de gros philosophe qu’il s’est dégoté, et les aiguilles vers un point précis de la Slovaquie. Là, normalement tout le monde sent bien que quelque chose cloche, mais eux, non. Ils sont tellement top fun qu’ils sont persuadés de s’être fait un nouveau pote. Pourtant, sans qu’ils le sachent, les rôles ont changés et les consommateurs sont passés à l’état de marchandises. Ils se laissent pourtant embarquer encore un moment dans un suspense à rallonge avant que l’on découvre leur enviable destin, à savoir servir de jouet à de riches bonshommes qui ont déboursé un max pour une activité fort divertissante, torturer à mort un individu.

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J’ai clairement mes limites en temps que spectateur, et la réputation du film me faisait craindre de jouer un peu trop avec elles. Heureusement pour moi, Hostel ne tient pas toutes ses promesses et ne fut donc clairement pas le traumatisme qu’il eu pu potentiellement être. Essentiellement parce que son univers n’est absolument pas immersif. L’Europe, et plus particulièrement l’Europe de l’Est dans Hostel n’est même pas caricaturale, elle est carrément parodique. Et encore, la parodie, c’est sensé être pertinent. Certaines phrases supposées contribuer à l’angoisse sont presque drôles et renvoient le film dans des séries B (voir pire) d’où il avait la prétention de s’extraire. On peut en retenir quelques répliques cultes je pense. On dirait que le film s’adresse à une frange de quelques abrutis qui pensent encore que partout hors de chez eux règne la corruption, la barbarie et les commerces douteux à outrance, et qui accessoirement n’était peut-être même pas au courant que la Slovaquie est un pays qui existe. La mise en scène d’un commerce humain de l’extrême, qui aurait pu être un très bon sujet, se dégonfle pas mal sous ce flot d’idées reçues qui ne convainquent même pas le temps d’un film. Du coup, difficile d’avoir de l’empathie pour ces 3 trouducs qui vont se fourrer là où de toute façon, vous et moi n’avons jamais la vague impression de pouvoir nous retrouver à leur place.

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Pourtant, j’aime assez ce parti pris de faire une longue première moitié de métrage presque sans aucun présage de ce qui se prépare, sans un avant goût de gore d’aucune sorte. Le réalisateur s’en sort à merveille à ce petit jeu, jouant avec nous très longtemps, fausses pistes à l’appuie, avant que l’on comprenne d’où les choses sérieuses vont arriver. Et en effet, quand elles arrivent, elles arrivent. Le film déballe alors son seul argument, à savoir l’utilisation de divers outils du rayon bricolage sur corps humains vivants, sans aucune pudeur de la part de la caméra bien sûr. Alors là oui, comme prévu, ça fout carrément mal à l’aise. Je ne verrai plus une perceuse de la même façon. Mais le film ne s’arrête pas en si bon chemin, et continue d’aligner les répliques et les situations grotesques, tout en se prenant complètement au sérieux. On aura quand même droit à une exploration cauchemardesque très réussie du lieu où tout se joue, jouant enfin un peu sur l’atmosphère infiniment malsaine. La fin est à l’image du film, avec à la fois un paroxysme de boucherie à base de chalumeau aussi dégueulasse que prévu, et un dénouement qui offre un crescendo d’absurdité scénaristique dont j’aurais très envie de vous faire un résumé pour rigoler, mais ça serait long. Le moment best off étant (attention, petit spoiler) celui où la fille défigurée se suicide après s’être vue. Oui parce que souffrir le martyre, probablement à vie après ça, c’est une chose, mais être moche, là non, faut pas déconner, plutôt crever ! Enfin, Je paie des frites à celui qui arrive à m’expliquer de façon crédible les dernières secondes du film.

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Bon allez, c’est un bon film d’horreur américain qui repousse les limites de la crudité visuelle pour un produit hollywoodien, ça, je ne lui enlèverai pas. Mais ne me balancer pas que c’est un bon film tout court, et n’essayez pas de lui donner plus de sens qu’il n’en a en réalité sous prétexte que Tarantino a donné son adoubement. Son sujet aurait pu être vraiment plus dérangeant et porteur de messages si ses idées étaient réellement exploitées, par exemple en faisant davantage de parallèles avec les formes de commerces humains qui existent bel et bien. En l’état, tout ça reste bien trop grossier et repose surtout sur le choc provoqué par les scènes gore en elles-mêmes, enrobées de façon plutôt conventionnelles dans le mauvais sens du terme. Il y a une suite, tout aussi fameusement réputée en proposant soit disant un bain de sang au sens propre et une émasculation en gros plan, mais comme ça ne me fait pas spécialement triper, si c’est tout aussi con sur le fond, je me passerai de la forme.

Article écrit par Sowilo le vendredi 26 décembre 2014 à 18:41

Commentaires

Regarder Hostel, la trilogie et...trembler ? Non, certainement pas, même si certaines images sont vraiment, très crues.. On aurait pas plus cru dans un abattoir pour animaux... Maintenant, les sites et l'implication que l'on veut attribuer à certaines franges de population de l'Euope de l'Est n'est que pure imagination...On aurait pu transposer les actions sur une autre planète....On a déjà donné avec Alien...Je suis cinéphile, en tous genre, et j'avoue avoir adoré cette trilogie, en regrettant qu'elle n'ait pas eu de suite...Pff, même pas peur...Si vous avez méprisé l’albumine d'Hostel, offrez-vous un petit Détour Mortel...Vous sursauterez peut-être.

Ecrit par Cinémaniaque le mardi 18 octobre 2016 à 15:19

Oui Détour Mortel est exceptionnel !!! Et surtout le fait qu'il y a toute une portée de films :)

Ecrit par Culturemania le mardi 18 octobre 2016 à 22:54

En fait, je n’aurais pas pensé à comparer Hostel à Détour Mortel, mais ça n’est pas si déconnant que ça finalement. Oui, moi aussi je préfère me faire un Détour Mortel. Parce que là aussi, c’est con, ça ne tient pas franchement debout, mais au moins c’est plutôt assumé. Au moins ça tient ses promesses. Je me rappelle avoir regardé le premier un soir tard, sans savoir du tout à quoi m’attendre, et avoir au moins découvert un survival qui fout la pression. Bon, il ne faut pas y regarder de trop près ni vouloir faire dire quoi que ce soit à ce film là non plus, mais ça n’a jamais eu cette prétention au moins. Oui, même pour ce qui est de mettre un certain stress, Détour Mortel s’y prend mieux, c’est très possible.

Ecrit par Sowilo le dimanche 23 octobre 2016 à 17:41

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