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La crème de la crème

Article écrit par Sowilo le samedi 16 juillet 2016 à 10:45
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Kim Chapiron, qui a débuté dans le film d’horreur bête et méchant, change de cap pour son 3ième film et va se faire la supposé élite de la jeunesse étudiante. La pouponnière du « Loup de Wall Street » n’a pas la classe de DiCaprio ni le savoir faire de Scorsese, mais sa vision du monde est bien là, déshumanisante a l’extrême. L’offre doit rencontrer la demande, c’est l’histoire de leur vie.


Réalisation : Kim Chapiron

Nationnalité : Française

Cast : Thomas Blumenthal, Alice Isaaz, Jean-Baptiste Lafarge, Karim Ait M’Hand

C’est la rentrée dans une prestigieuse école supérieure de commerce. Les cours ? On n’en verra pas la couleur pendant tout le film. De toute façon la messe est rapidement dites, ici, on n’est pas là pour bosser, on est là pour "networker", se faire un réseau utile. L’intérêt du réseau, les étudiant le comprennent, ou le subissent, dès à présent. A l’école, tout est réseau. Les sportifs, les originaires d’un secteur parisien, les fils de, tous se regroupent et s’assurent un avenir déjà déterminé grâce à cette appartenance. Quant aux quelques orphelins du système, il leur faut être inventifs. Voilà donc qu’un petit groupe part d’un constat simple, leur pote Jafar, du fait de son exclusion de tout réseau, a aussi des problèmes pour chopper, ce qui est à peu près sa seule préoccupation dans la vie. De là part leur première théorie économico-sexuelle. En gros, si les hommes cherchent un physique, les femmes cherchent de la conformité et l’approbation du plus grand nombre, ce qui exclu Jafar par principe. Un peu comme le problème du premier boulot introuvable parce qu’on n’a pas déjà un premier boulot, ou le prêt qu’on ne risque pas d’avoir puisqu’on a besoin d’un prêt. Ce qui fait de Jafar un consommateur qui exprime un besoin de fausse validation sociale pour faire décoller sa valeur. Il n’y a qu’à lui en vendre. Il suffit de payer une fille pour entrer avec lui dans les soirées étudiantes. Bien sûr, l’idée n’en restera pas là longtemps, et virera rapidement au commerce du sexe, sous couvert de raisonnements algorithmiques de plus en plus poussés.

Il peut y avoir de la grammaire de film d’horreur derrière ce crescendo. On part d’un principe réaliste et on le pousse jusqu’à l’absurde pour en faire la critique. C’est le seul parallèle qu’on peut s’autoriser avec le genre premier de Chapiron. Le reste des influences est à chercher du côté du Loup de Wall Street, de The Social Network, ou malheureusement de quelques nanars de teen movies (j’y reviendrai).
La grande force du film réside dans ses scènes de dialogues de jeunes entrepreneurs, avec leurs réflexions de plus en plus pointues sur la commercialisation des relations sociales et sexuelles, à grand renfort de franglish et d’autres principes théoriques. On arrive a des summums de n’importe quoi, qui partent un peu dans tous les sens et ne sont pas forcément exploités mais qui ont le mérite d’être drôle, comme une scène où une vendeuse de parfum demande quel type de femme le client veut chopper, afin de lui fournir la fragrance adéquate.
A la différence du Loup de Wall Street, cette bande de jeunes premiers ne sont pas devenu cyniques et égocentriques par une sorte de cheminement. Ils sont incapables de recul sur leur milieu, sur ce qu’ils font et sont dénué de tout sens d’empathie. Le mot prostitution ne sera prononcé que vers la fin,, à part quand un personnage propose sans sourciller d’appeler leur entreprise le "pute club". D’ailleurs on n’aura très peu d’image montrant la réalité des conséquences de leurs actes, puisqu’eux-mêmes n’en ont qu’une conscience limité.

Seulement voilà, à force de lancer des perches de droite et de gauche, on multiplie les sujets et on ne sait plus très bien de quoi on parle. Je pense que l’idée première était de montrer une jeunesse promise à devenir l’élite sans qu’elle ne sache pourquoi, plutôt désœuvrée et totalement déconnectée du reste du monde, sans valeur propre et sans vécu personnelle pour s’en forger. Cette histoire de marché du sexe n’est alors qu’un exemple pour montrer leur déshumanisation, mais le film s’y emmêle pas mal les pieds. On sent bien que le réalisateur veut laisser une chance à ses personnages, nous attendrir un peu et nous montrer que la vie, la vraie, peut reprendre le dessus. Mais voir des post-ados cabotiner avec leurs amours foireuses et leur vie étudiante, ça n’a rien de nouveau et ça vient nous asséner des scènes de teen movies bien trop basiques qui alourdissent le film, même si on comprend l’intention. Merci à l’actrice qui joue Kellia de relever un peu le niveau, avec à la fois le personnage et le jeu le plus intéressant.

La Crème de la Crème est aussi moyen qu’intéressant. Il survole tout un tas de sujets très pertinents, actuels et peu abordés, mais galère un peu pour s’y fixer et pour aller jusqu’au bout. C’est dommage, parce que ce verni machiste et ultra-libéral suffit à faire rire jaune une bonne partie du film, et parce qu’il y a le culot nécessaire pour ouvrir la réflexion. A quel moment bascule-t-on dans l’improbable ? Est-ce qu’on y bascule vraiment d’ailleurs ? Ce n’est pas franchement un bon film, mais c’est au moins un film qui vient gratter à un endroit qui dérange.
Un parfait exemple est cette scène finale, qu’il est facile de trouver très cucul la praline aux premiers abords mais que je trouve intéressante, parce qu’elle laisse très ouverte la question de l’avenir des personnages, tout en introduisant un élément qui n’est typiquement pas dans leur raisonnement ni dans celui de l’école, un truc très humain, tellement idiot qu’il ne pouvait être prédit par aucun raisonnement ni algorithme.

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Article écrit par Sowilo le samedi 16 juillet 2016 à 10:45

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