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California Dreamin'

Article écrit par Culturemania le jeudi 03 septembre 2015 à 18:01
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Rencontre avec Pénélope Bagieu. Aujourd'hui, on va bavarder un peu avec elle pour découvrir son prochain livre, prouvant une nouvelle fois que les communications trans-atlantiques n'ont plus rien de mystérieux à notre époque. Nous vivons bel et bien dans le futur, et si on n'a toujours pas d'overboard, on a toujours de quoi se replonger dans le passé. Les enfants, sortez la DeLorean, ou ouvrez California Dreamin', direction 1941.


Scénario & dessins : Pénélope Bagieu

Edition : Gallimard

Parution : 17 septembre 2015

Ça ne sautera peut-être pas aux yeux des jeunes fous nés dans le futur (c'est-à-dire après 1990), mais California Dreamin' est l'un des titres des The Mamas And The Papas qui te fait direct te lever de ta chaise. Cela dit, les chenapans du futur ont peut-être entendu un titre de Cass Elliot sans même le savoir. Il s'agit du titre Make Your Own Kind Of Music utilisé dans le premier épisode de la saison 2 de Lost me semble-t-il. La scène montre Desmond le brave en train de faire la vaisselle dans ce qui sera un des bunkers du Dharma Project. Mais voilà que je m'égare encore.

Pour transcender votre lecture, je vous suggère de la faire en écoutant California Dreamin' :

Culturemania : Alors tu t'appelles Pénélope Bagieu (et non Pénélope Jolicoeur, car elle est le personnage rose bonbon des fous du volant), tu es dessinatrice, illustratrice et auteure de BD, ce qui fait bien notre affaire. On va parler de California Dreamin' qui sortira le 17 septembre.
Quel culte voues-tu à Cass Elliot pour t'être décidée à en faire un bouquin ? Qu'est-ce qu'elle représente pour toi ?

Pénélope Bagieu : J'aime beaucoup les chansons des Mamas and Papas, et quand on écoute bien, on se rend compte que c'est quasiment toujours la même voix qui porte la chanson, celle de Mama Cass. Donc je me suis un peu intéressée à celle qui se cachait derrière cette voix. Mais je ne suis pas une super fan, je ne suis pas incollable sur le groupe ou leur discographie, je n'écoute pas très souvent leur musique. Ce qui m'intéressait, c'était imaginer le parcours d'une artiste, plus que la réalité. Ce n'est pas du tout une biographie, car les biographies pures et dures ne me passionnent pas, en général. J'aime mieux quand l'auteur s'autorise à s'égarer et à prendre des libertés par rapport à la réalité.

"Bien sûr, je savais qu'elle n'avait pas un physique de jeune première. Mais j'étais comme tout le monde : quand elle était sur scène, je voulais que ça ne s'arrête plus jamais."

Tu nous racontes un peu les débuts de l'intrigue, histoire de nous mettre l'eau à la bouche ?

C'est l'histoire d'une petite fille qui aime le jazz, l'opéra et les comédies musicales de Broadway et qui rêve de devenir chanteuse alors qu'elle grandit dans une famille qui la prédestine à reprendre le flambeau de l'épicerie de ses parents. Et on va la suivre, la voir accomplir son destin, au travers des yeux de ceux qui l'entourent, l'accompagnent et l'aiment.

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Tu passes pas mal de temps aux USA en ce moment. Est-ce justement pour mieux dessiner les Etats-Unis que tu as choisi d'aller sur place ?

C'est sûr que c'est plus agréable que de tout dessiner d'après Google Streetview, mais globalement, encore une fois, j'ai dessiné des endroits plus fantasmés que réels : Greenwich Village dans les années 60, les îles Vierges, Baltimore, bref que des endroits que je n'ai pas vus et que je ne peux qu'imaginer. On perd un peu en poésie, je crois, quand on veut trop se documenter.

Tu en as profité pour te balader aux USA, un genre de « Sur les traces de Cass Elliot », de Baltimore à New-York ? Comment t'y es-tu prise pour le travail de documentation ?

Ah non, pas du tout ! Mais j'aurais dû, c'aurait été sympa (même si je crois que Baltimore est maintenant devant Detroit pour le taux de criminalité). Pour la documentation j'ai regardé des clips sur Youtube, j'ai lu quelques bios, parfois de personnages annexes mais qui ont gravité dans l'univers de la folk à New York, et puis lu des fiches Wikipedia pour avoir des faits et des dates. Après j'ai fait ma cuisine et brodé, en imaginant à quoi ça pouvait ressembler et comment les personnages pouvaient bien réagir.

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Les premières planches sont disponibles et on retrouve ton coup de crayon. Expression qui n'a jamais été plus juste car tu as décidé de tout faire aux crayons et d'envoyer la couleur au diable cette fois. Pourquoi ce choix ?

Déjà, bêtement, pour changer. Parce que je savais que l'histoire allait durer grosso modo 300 pages, donc tant qu'à faire autant essayer de nouveaux trucs et m'amuser un peu. Et puis il y a un côté définitif avec le crayon qui me plaisait bien : on ne peut pas faire de "pomme Z" comme avec Photoshop : il faut se lancer, être plus ou moins juste du premier coup, au risque de devoir recommencer toute la page. J'ai vraiment voulu qu'il y ait une ré-intervention minimum derrière, donc pas de gomme, pas de retouche sur Photoshop (ou juste quelques contrastes), quitte à ce qu'il y ait des ratures, des traits un peu dédoublés, des choses plus esquissées que franchement affirmées. C'est très agréable de travailler comme ça, un peu sans filet. Et puis aussi, ça m'a permis, pour une fois, de travailler léger, avec juste des feuilles et deux crayons (et une bombe de laque pour tout fixer), et pas un gros ordi et une tablette qui pèse une tonne. J'ai redécouvert le plaisir de travailler ailleurs que dans mon atelier, d'être mobile.
Et enfin, dernier point, quel changement, d'avoir des dessins sur papier ! De pouvoir les offrir, les exposer, garder une trace solide de cette année que j'ai passée à dessiner cette BD. Je ne sais pas si je ferai d'autres albums avec cette technique très dépouillée, mais en tout cas voilà, je me suis bien amusée.

Après avoir lu le début, on sent bien qu'un fond de ténèbres planera sur le récit. Quel matériel as-tu utilisé pour dessiner ? Le choix des teintes de noirs est-il lié à l'atmosphère recherchée ?

Je me suis dit dès le début que soit je me cassais vraiment la tête à essayer des encres, des craies, divers outils, quitte à alterner selon les pages, à bidouiller, à mélanger... soit je ne me cassais pas la tête et je partais directement avec un crayon à papier tout bête et du papier normal. Et évidemment j'ai choisi la deuxième. Donc mon matériel a été : un crayon à papier 2B. Enfin, plus exactement, un peu plus de vingt crayons à papier 2B. Et un taille-crayon qui a rendu l'âme à la fin tellement je m'en suis servie. C'est une vraie libération de ne pas se mettre la pression sur la technique et de se dire qu'on s'en fiche un peu, en fait.

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Et concrètement, comment tu t'y prends ? Tu fais ton crayonné à l'extérieur et tu le retravailles ensuite sur ta table à dessin avec un thé au miel ou une bière ?

Quasiment, oui. J'ai d'abord tout écrit, parce que je n'arrive pas à dessiner un trait tant que tout n'est pas absolument écrit du début à la fin (les restes de ma bonne conscience de lycéenne qui prépare une dissert' de philo, j'imagine). Je story-boarde très grossièrement l'ensemble pour caler les cadrages et le découpage (c'est aussi à partir de cette étape-là que mon éditeur peut encore intervenir, me dire de changer des trucs, inverser deux cases, supprimer un chapitre un peu chiant), et quand tout est casé pour de bon, alors je dessine. En l’occurrence, comme j'ai une idée assez précise de ce que je veux, grâce à ce story-board, je ne tâtonne pas trop. Je dessine, et à la table lumineuse je redessine (et parfois je re-redessine). Et quand c'est fini, je mets une tonne de laque à cheveux dessus (le fixatif le moins cher du monde) pour éviter que ça mette du noir partout sur mes doigts. Et ensuite, hop, je poste tout ça à l'éditeur en priant pour que ça ne se perde pas (je serais vraiment embêtée de devoir tout refaire).

Tu bosses plutôt le matin, le soir, la nuit, ou peu importe ?

J'ai des horaires de bureau, en gros. Il n'y a que comme ça que je sais travailler. Dans le prolongement de l'école, en somme. J'aime bien travailler en même temps que tout le monde, pour être libre en même temps que tout le monde. Ça va aussi avec le fait d'avoir un lieu spécialement dédié au travail, d'essayer d'avoir des vrais weekends et même, parfois, grand luxe, des vacances, pendant lesquelles je ne travaille pas du tout. Je ne saurais pas faire autrement, de manière moins structurée.

280 pages tout de même ! Combien de temps as-tu passé sur cet album ? Dans quels lieux as-tu travaillé et quelles musiques as-tu écoutées pendant que tu planchais dessus ?

Entre la réflexion, l'écriture et le dessin final, à peu près deux ans je crois. Entrecoupés d'autres petits trucs à droite à gauche pour ne pas devenir complètement folle, mais deux vraies années quand même. J'ai travaillé dans plein d'endroits, mais jamais rien de fou non plus : des endroits calmes pour écrire et moins calmes pour dessiner. Mon atelier essentiellement, et puis des cafés pour les jours où j'avais besoin qu'on ne me fasse pas des blagues toute la journée (comme à mon atelier, donc). Et j'ai écouté plein de choses, en deux ans, forcément, mais plutôt toujours du rock (du gros, du sale, du comme j'aime.)

"- Le folk c'est de la merde.
- Peut-être, mais de la merde facile."

Question Closer : allez, rassure-nous tout de suite, tu vas revenir au pays des fromages qui puent bientôt ? J'imagine pour faire la tournée de librairies en dédicace ?

Dans 9 jours, à l'heure où je réponds à ta question ! Je vais faire des dédicaces, évidemment, j'ai bien hâte de voir le bout de la chaîne de fabrication : les gens qui lisent le livre. C'est quand même (un peu) (aussi) pour les lecteurs qu'on écrit, alors c'est vrai que c'est chouette, ce moment où je vais les avoir en face. Et puis quand on a un nouveau livre, on est tout content d'en parler, alors je suis même impatiente de faire la partie promo et qu'on me pose plein de questions sur ma petite Cass.

Bon et bien maintenant c'est ta zone libre. C'est à dire que le monde s'est tiré, la lumière a foutu le camp et tu es toute seule dans le noir face au micro, sans témoin ni représailles possibles, et tu as une certitude : tu peux nous baragouiner tout ce que tu veux (sur California Dreamin', sur tes futurs projets ou tout ce qui te passe par l'esprit), mais surtout, n'oublie pas de partir comme un prince. Salut Pénélope et à bientôt à Paris !

Je suis toute seule ? Vraiment vraiment ? Sûr ?
Alors ok, sans aucune hésitation, je me fais un boa avec une écharpe, et de ma voix de cabaret je commence à chanter très fort et très faux "Dream a little dream of me". (J'espère vraiment qu'il n'y a plus personne.)




Merci à toi Pénélope ! Et autre information importante vu qu'il va bientôt faire un temps de chien à Paris : l'exposition Pénélope Bagieu - California Dreamin' va ouvrir ses portes. Alors ça se passera à la galerie Barbier & Mathon à Paris dans le 9ème arrondissement à partir du 18 septembre, lendemain de la parution du bouquin. On pourra y voir les originaux des dessins qui ont signé la mort des 20 petits crayons 2B. Mais c'était pour la bonne cause. Voilà l'affiche de l'exposition :

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Article écrit par Culturemania le jeudi 03 septembre 2015 à 18:01

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