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Eloge de la névrose en 10 syndromes

Article écrit par Culturemania le jeudi 17 septembre 2015 à 02:14
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Bienvenue mesdames et messieurs, accueillons aujourd'hui Leslie Plée pour bavarder de sa dernière BD parue le 28 août de cette année. 10 chapitres pour 10 syndromes de la vie moderne, dont certains l'auraient faite passer il n'y a pas si longtemps pour une sorcière ou une créature possédée par le démon. Alors calez-vous bien dans votre siège, attrapez votre ignoble peluche à tête de clown, les traumatismes sans fin de l'esprit humain sont guidés par les ficelles de l'au-delà. Pas d'arnaque, y'en aura pour tout le monde.


Scénario : Leslie Plée

Dessins : Leslie Plée

Edition : Delcourt

Culturemania : Salut Leslie et bienvenue ici. C’est la première fois que tu déboules sur Culturemania. Tu nous racontes un peu quelle fille tu es et comment tu en es arrivée à faire ce merveilleux métier d’auteure de BD ?

Leslie Plée : J'étais « la-fille-qui-n'-a-pas-confiance-en-elle » depuis toujours et malgré mon envie de dessiner, j'étais complètement bloquée, je me trouvais nulle et indigne de toucher un crayon. Mais avec la bd, je me suis dit que je pouvais choisir de me concentrer sur le récit plutôt que sur le dessin. Raconter mes galères en riant, c'est ce que je fais depuis toujours, c'est ce qui me soulage, et me rend heureuse.

Ici, on va parler de ton dernier bébé. Il est composé de 10 chapitres pour 10 syndromes divers et variés. Chacun se reconnaîtra forcément dans l’un d’eux. Mais d’abord lève le voile : à quel point est-ce autobiographique ?

C'est à 97,3 % autobio. Je me livre beaucoup, déjà parce que je ne suis pas très pudique, ça fait partie de mon éducation de parler quand ça ne va pas, ma mère est psy. Et j'ai aussi envie de montrer aux gens qu'ils ne sont pas tout seuls dans leur folie.

Comment pourrait-on décrire ton livre ? J’ai essayé de le faire dans l’introduction avec je pense peu de succès. Tu dirais quoi toi ?

C'est dur à résumer c'est vrai, c'est le boulot de l'éditeur de faire ça !

"Je suis pas trop fétichiste du matériel"
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T’en est pas à ton premier coup d’essai et les premières planches du Syndrome de l’Adultisme sont consultables à droite à gauche sur le net. Tu as l’air ici de travailler intégralement à l’aquarelle ? (Alors là si ça se trouve tu bosses aux feutres à alcool ou autre et je dis une grosse connerie)

C'est bien de l'aquarelle, c'est la 1ere fois que j'ai autant aimé faire ma bd. D'habitude, tout est un peu douloureux, l'écriture, le dessin, la couleur. On me disait « C'est super, tu fais de la bd, tu dois trop t'éclater ! Tu fais ce que t'aimes ! », alors qu'en fait, c'était tellement difficile parce que je n'étais jamais contente de ce que je faisais, je pleurais en regardant mes dessins, je recommencais un minuscule trait 100 fois. Le seul truc qui m'encourageait, c'est de voir que malgré tout j'avais l'air de progresser. Quand j'ai essayé l'aquarelle, je me suis sentie super à l'aise, et d'un coup, j'étais contente de moi, je prenais du plaisir, même que ça me détendait, bref, j'ai adoré faire cette bd comme ça.

Et concrètement, comment tu t’y prends : tu passes d’abord par un croquis au crayon ou tu y vas direct au pinceau ?

Je fais le storyboard de ma planche, le brouillon donc, ensuite je dessine le plus précisement possible. A ce stade, j'ai une belle planche en noir et blanc. Je la place sur ma table luminueuse, je la recouvre d'un papier épais et là je m'amuse avec l'aquarelle. Je me suis fait un nuancier avec 5 teintes et je décide où placer mes couleurs en suivant les traits.


"Des vacances à -5°C, sous la pluie, très loin de ma zone de confort ? Réserve !"
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Quel matériel utilises-tu et sur quel type de papier aimes-tu travailler ?

Je suis pas trop fétichiste du matériel, j'ai utilisé un papier aquarelle 250g standard qui n'a pas trop de grain, je n'ai pas de marque préférée, j'utilise le moins cher, et il est top. L'aquarelle, j'ai le truc que tout le monde a acheté quand il a fait des études d'art, la boîte avec 14 couleurs, je les remplace au fur et à mesure, en prenant n'importe quelle marque.

Et tu bosses dans quelles conditions ? Chez toi avec le chat qui passe et repasse, dans un atelier, à l’extérieur ?

Dans l'idéal, ça doit être super d'être en atelier, de se fabriquer des horaires de bureau, de discuter avec ses collègues. Ça doit être très sain. Mais, outre le fait qu'à Paris la place d'atelier coûte chère, je suis très bien chez moi. J'ai parfois besoin d'une grande concentration. Ou parfois j'ai besoin de m'allonger sur mon lit pour trouver des idées ou réfléchir. J'habite avec mon compagnon qui fait de la bd aussi, on a nos bureaux côte à côte donc je ne suis pas seule. On a un peu près les mêmes goûts, pendant qu'on travaille, on écoute aussi bien des émissions d'histoire, que les chevaliers du zodiac ou faites entrer l'accusé. Et on passe notre temps à virer de nos bureaux notre chat qui a une passion pour l'encre de chine.

Tu écoutes quel genre de musique quand tu dessines ?

On écoute de tout de Biolay, Babx, à Rihanna, Lana Del Rey, mais aussi du rap, stupeflip, en repassent par Dominique A et Sia. Par contre, on ne connaît rien de nouveau, de cool, de tendance. Genre la programmation de Rock en Seine, c'est pour moi toujours une terre inconnue. Du coup, une fois par an, j'essaie de me remettre à niveau.

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J’ai été fasciné par ton syndrome de balancement nocturne que je ne connaissais pas ! Histoire de nous mettre l’eau à la bouche, tu peux le raconter un peu ici ?

C'est une parasomnie, un peu comme le somnanbulisme qui consiste à se balancer de droite à gauche et de gauche à droite pendant qu'on dort, tel un être possédé. La position est super chelou car on est à genoux, la tête dans l'oreiller et ça peut être un peu violent. Ce n'est pas rare chez les bébés, après en grandissant, on est sensé s'arrêter. Je pense que très peu de personnes osent en parler car c'est bizarre et pas très connu. Enfant, ça m'arrivait très souvent. De nos jours, ça m'arrive encore, quand je suis très fatiguée, mais c'est plus rare. Faut juste prévenir son partenaire, car il peut vraiment flipper !

En te lisant, on se dit que tu dois avoir une carte de fidélité spécial angoisse, la 10ème t’est offerte. Rassure-toi, on la mérite tous cette petite carte. Un vieux monsieur disait qu’on est tous des névrosés. Finalement (mot breveté par Laurent Delahousse), est-ce que le fait d’évoquer tes angoisses dans tes BD fait partie de la thérapie ?

Je ne sais pas si ça fait partie de la thérapie, mais mes bds suivent mon évolution et ma thérapie, ça c'est sûr. J'ai récemment abordé le problèmes de mes angoisses et mes phobies sous un angle complètement nouveau. Je n'étais pas contre être un peu névrosée, mais je voulais à tout pris être normale, ou au moins donner le change. Maintenant, j'essaie de ne plus combattre ces phobies et ces névroses, mais de les accepter comme faisant partie de moi, de mon histoires, de ma sensibilité, de mon humanité. Car oui on est tous plus ou moins névrosé, je le suis sûrement plus que la moyenne, mais c'est ce qui me rend unique aussi, ce qui me donne envie de dessiner, de raconter des histoires, des blagues. C'est vraiment un cheminement de pensée qui ne va pas de soi.

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C’est quoi tes prochaines envies, tes prochains projets ?

Je viens d'écrire et de dessiner « Devenir zen pour les nuls en bd ». J'ai adoré écrire cette bd car j'ai pu donner toutes mes petites astuces pour un mieux-être, et j'ai pu en essayer plein. A cette occasion, j'ai découvert la méditation de la pleine conscience et je me suis mise au sport ce qui est une vraie découverte pour moi. Là pour le coup, ce fût thérapeuthique. Dans le futur, j'aimerai bien dessiner une bd de fiction mais mon dessin me complexe encore. Je suis en pleine réflexion à ce sujet en ce moment. Je vais faire des essais et on verra bien.

Eh bien maintenant, c'est la tradition, nous voilà dans ta zone libre. Ici, tout le monde s’est tiré, la lumière a disparue et tu es dans le noir face au micro, sans témoin ni représailles possibles. Tu peux nous baragouiner exactement ce que tu veux, nous raconter une histoire, nous faire un dessin ou encore hurler à la mort. Allez, salut Leslie, merci et à un de ces quatre !

Bon bah là je vais aller manger devant Steven Universe et je suis bien contente. Par contre, je dédicace tout à l'heure et je stresse car tout ce qui est interaction sociale me fait anormalement transpirer.

Vous pouvez suivre Leslie via à peu près tous les réseaux sociaux du monde, et aussi sur son BLOG.

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Article écrit par Culturemania le jeudi 17 septembre 2015 à 02:14

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