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Les équinoxes

Article écrit par Culturemania le dimanche 24 juillet 2016 à 12:43
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Vous vous souvenez de Portugal ? C'était l'autre titre de Cyril Pedrosa sorti en 2011. Une merveille, autant au niveau des dessins que de l'histoire. J'en avais parlé ici-même pour dire à quel point j'avais adoré m'avaler les 260 pages d'une seule traite, quitte à être en manque de sommeil le lendemain matin. J'ai ouvert hier soir Les équinoxes qui est un bouquin du même format, le genre à pouvoir assommer une vache. Cette fois-ci, c'est plus de 300 pages donc autant vous dire qu'il est impossible de lire ce genre de bouquin dans le métro par exemple. Mais cette fois-ci, certaines choses ont fait que je je l'ai pas lu d'une traite. Voyons justement ces choses.


Dessin : Cyril Pedrosa

Scénario : Cyril Pedrosa

Collection : Aire Libre

Du même auteur : Portugal

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Le bouquin est divisé en quatre parties rythmées par les quatre saisons de l'année de nos calendriers. Tout commence par un petit gamin façon Mowgli qui échappe de peu à un tigre en se planquant sous l'eau. On nous plonge dans le passé où le danger rôde mais où l'intelligence règne. C'est l'automne et c'est déjà le temps de revenir dans notre présent. Je ne vais pas y aller par quatre chemins.

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Les dessins sont toujours à l'honneur ! Comme je dis à chaque fois, beaucoup de cases donnent envie de les agrandir pour les encadrer et parfaire la décoration de nos appartements minables. Le livre est un enchaînement quasi-frénétique de morceaux de vie de personnages qui visiblement ne se rencontreront jamais. On comprend bien que tous ces personnages ont un point commun dans la détresse et la lassitude du temps qui passe, mais quel est le but ?
On a l'histoire de Vincent, le gars divorcé et désabusé qui vit tout seul et qui dort souvent sur son canapé, celle du vieux Louis ancien militant coco qui se prépare à mourir et à céder ses quelques histoires, celles de Catherine qui va aller tâter le sommet de la pyramide, les personnages du chantier de l'aéroport, de ceux qui se battent contre, Camille, Antoine, Edith, etc. Et toutes les 5-6 pages, on laisse des personnages qu'on voudrait continuer à connaitre pour passer à d'autres. Et quand ce n'est pas le cas, on passe à ce personnage photographe servant de fil rouge sûrement mis là pour réunir tout ce petit monde mais qui ne fait que casser le rythme de lecture. Elle déboule, prend une photo volée et nous voilà lancé dans une page de petites cases grises et d'un grand texte en pleine page beaucoup trop long, mielleux et finalement barbant au point qu'on a quasiment envie de le zapper. L'idée est je pense d'être poétique, de poser des réflexions sur ces vies volées, sur ces instants, sur les grands thèmes et les grandes questions de la vie. Sauf que cela ne marche pas et casse la lecture systématiquement, sachant que cette brisure de texte arrive une bonne dizaine de fois tout au long du bouquin. Si l'idée de le découper en saisons pouvait être une idée simple et bonne, ces autres découpages sont beaucoup trop nombreux et retirent toute immersion possible.

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Je réalise pour la première fois qu'un jour tout va s'arrêter. Je pense à toutes ces vies qui auraient été possibles. Et j'ai l'impression de ne pas en avoir vécu une seule.

On n'a pas non plus le temps de s'attacher aux personnages tellement ils sont furtifs. Le problème encore une fois vient du rythme de lecture brisé par la construction du livre. Encore une fois, tout va trop vite. On voudrait passer plus de temps avec Vincent et sa fille, mais hop, il est déjà temps de passer à d'autres personnages avec une impression de frustration. Et quand l'histoire d'un personnage n'en coupe pas une autre, c'est la fin de la saison et on se retape parfois jusqu'à 6 ou 7 pages de texte d'analyse très moyenne sans dessin, ce qui nous donne simplement envie d’accélérer la lecture et de tourner la page pour revenir au plus vite aux personnages qu'on vient tout juste d'abandonner.
Pendant toute la lecture, j'ai espéré que tous ces morceaux quasi aléatoires allaient s'imbriquer les uns aux autres, que les personnages allaient se retrouver autour de quelque chose de commun. Mais non. Chaque histoire s'achève sans se terminer et on a l'impression de laisser là des personnages qu'on oubliera bien vite tellement ils n'ont fait que passer sans jamais s'installer. Pourquoi ??? J'en suis presque désolé tellement j'attendais de ce bouquin après avoir adoré Portugal. Est-ce la structure du livre qui gâche tout le reste ? Est-ce le fond ou les personnages ? J'ai pourtant vraiment pris mon temps, en revenant même parfois en arrière pour relire certaines pages mais sans jamais vraiment comprendre et en trouvant ce qui est dit trop proche de l'évidence. Pourtant les personnages sont bons ! Vincent et son frère, ceux qui luttent contre l'aéroport, la vie de la photographe sans une thune, le vieux Louis et l'histoire sordide de Paul. Le passage éclair au cimetière est un bon exemple de scène trop rapide pour laquelle on voudrait s'attarder et creuser pour en ressentir quelque chose. Mais voilà, ça ne prend pas, le récit des vies de ces personnages va trop vite et on n'a pas le temps de se les approprier, ce qui est d'autant plus dommage et étonnant après plus de 300 pages et plus de trois heures passées avec eux.

Est-ce que cela mérite une deuxième lecture ? Est-ce que j'ai raté quelque chose ? Peut-être, et si Cyril Pedrosa passe par ici, je veux bien son avis ou en discuter avec lui. Parce que d'un côté, tout ce que je viens d'écrire alors que je viens à peine de terminer ma lecture me semble surprenant. Tout était pourtant là. Je viens à nouveau de feuilleter le bouquin et vraiment, je pense que c'est sa construction qui crée ces cassures. Découpé en quatre par les saisons, entrecoupé par l'histoire du jeune garçon préhistorique, découpé par les histoires des personnages elles-même entrecoupées par les pages de textes de réflexion sur ces vies prises en photo. C'est peut-être trop. Trop de coupures pour avoir le temps d'être triste pour Louis, trop de coupures pour avoir le temps de se sentir pote avec Vincent et son frère Damien lorsqu'ils descendent sur la plage, et trop de coupures pour se sentir chez soi dans la petite baraque du vieux. Ou alors c'est moi qui ai mal fait mon boulot de lecteur ? Peut-être.

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Article écrit par Culturemania le dimanche 24 juillet 2016 à 12:43

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