cover

Faut-il manger les animaux ?

Article écrit par Culturemania le samedi 26 mars 2016 à 10:57
likeslikeslikeslikeslikeslikes
6 personne(s) ont aiméAdd Like
Le titre a le mérite d'être clair. La question ne peut pas se poser plus simplement. Mais je vous vois venir, bouffeurs de barbaque qui en ont plein le dos de ces cons de végétariens moralisateurs ! Quoi de plus pénible qu'un végétarien qui s'assoit à votre table avec la ferme intention de vous pourrir votre bonne entrecôte-frites ? C'est vrai qu'ils nous font chier hein ? Et bien ça tombe bien, car Jonathan Safran Foer ne se définit pas comme un végétarien mais comme un omnivore sélectif. Sentez toute l'intelligence qui se cache derrière ces deux petits mots.


Auteur : Jonathan Safran Foer

Editions : Editions de l'Olivier

Titre original : Eating Animals

Pour enfoncer le clou et bien nous prouver qu'il ne va pas jouer les moralisateurs rabat-joie, le livre propose dans sa première partie un plaidoyer pour manger les chiens accompagné de la recette d'un ragoût de chien spécial mariage. Et bien oui, rien de plus brutal que ce que nous faisons déjà. Car si dans notre pays il semble insensé de vouloir cuisiner du chien ou du chat, j'en connais un bon milliard là-bas loin vers l'est qui s'en régale depuis la nuit des temps. Et que penser des peuples de l’Amérique du Sud qui mangent leurs cochons d'Inde ? Quelle bande de barbares primitifs ! Vraiment ?
Sur cet exemple, je trouve que l'on ferait mieux de ne pas trop la ramener et permettez-moi de partager ma réflexion personnelle sur le sujet. Car les peuples Péruviens et Boliviens, bien qu'ils mangent ces petits rongeurs, les traitent de leur vivant beaucoup mieux que nous. En France, on aime les mettre dans une cage de la taille d'une feuille A3 et les laisser là à s'abrutir dans une roue stupide imaginant que c'est le meilleur avenir possible que cette bestiole puisse espérer. On va les garder quelques temps avant de réaliser que l'on a oublié de s'en occuper et qu'ils sont morts étouffés en essayant de manger cette foutue roue ou une trop grande quantité de sciure de bois. Sinon, on décide un beau matin qu'on en a plein le cul de ces saloperies qui couinent toute la nuit, alors on les bazarde dehors en se disant qu'une vie meilleure les attend sous les roues de la prochaine bagnole qui passe. Au Pérou, ces animaux vivent en liberté, autour et dans les maisons en dormant d'ailleurs souvent près du même feu qui sera utilisé pour les faire cuire (quand ce n'est pas sous le lit de celui qui deviendra leur bourreau).
Alors, qui est cruel dans l'histoire ?

Jonathan Safran Foer se définit comme un "omnivore sélectif". Il faut comprendre que c'est un mec tout ce qui a de plus raisonnable mais qui n'a pas envie de se couper des possibilités que nous offre notre alimentation privilégiée. Le mot le plus important étant sûrement "sélectif". Et on l'est tous même si nos critères peuvent varier. Tout le monde devant une rangée de courgettes va sélectionner celle qui lui convient le mieux : pas trop grosse, pas trop petite, pas trop sale ni trop propre, pas trop chère, bien verte et bien remplie de saloperies. D'autres vont aller les acheter ailleurs, là où elles n'ont pas contribué à la destruction de paysages situés à des milliers de kilomètres. La conséquence est la sélection. On effectue cet effort à chaque fois que l'on tend le bras pour extraire une chose quelconque parmi un ensemble de ses semblables. Personne ne va au supermarché avec un bandeau sur les yeux. A une époque aujourd'hui révolue, les gens approchaient les aliments de leur nez avant de les acheter. Aujourd'hui, ce cirque est devenu une mascarade car un melon qui sent meilleur qu'un autre sera un melon qui aura reçu quelques produits supplémentaires ou qui viendra d'un endroit encore plus lointain où le soleil chauffe toute l'année. Et puis pour le reste, essayez de demander à quelqu'un de décrire l'odeur d'une courgette ou d'une pomme de terre. Joker.

preview
"Pour manger de la viande industrielle, il faut accomplir un acte presque héroïque dans le refus de savoir ou l'oubli."

Tout ça pour parler surtout et encore de la souffrance infligée à ces milliards d'animaux abattus pour nous engraisser. Imaginez croiser dans la rue une personne en train de tabasser son chien. Vous allez être offusqué par la scène, enragé et peut-être allez vous même intervenir à votre tour pour péter la tronche à un organisme vivant. La nouvelle question étant : qui viendra vous péter la gueule à son tour vous considérant alors comme la nouvelle menace de la rue ? Mais en résumé, la situation de ce chien battu paraîtra bien sûr intolérable. Pourtant, cela ne vous a pas empêché ce midi de sortir repu de votre restaurant préféré après avoir mangé un bon poulet élevé en plein air. Et pourtant, la souffrance de ce pauvre petit poulet aura été bien pire que celle du chien qui s'est pris une mandale par son abruti de propriétaire (qui prend le mot propriétaire très au sérieux). Le poulet avalé ce midi aura passé sa vie dans un immense hangar avec 40.000 de ses petits camarades dont quelques milliers, n'ayant fait aucun effort, se sont déjà transformés en cadavres. La chaleur est terrible mais pas autant que le bruit des ventilateurs. Chaque bestiole possède un espace d'un peu plus de 400 cm². Ça doit faire beaucoup ça non ? Disons que celui qui a un espace de la taille d'une feuille A4 possède la suite deluxe king size. Le plein air ? Oui, regardez là, le tout petit truc en métal : c'est une grille vers l'extérieur.
La chance de ces poulets ? Qu'ils grossissent assez vite pour que leur vie ne dépasse pas les 40 jours réglementaires. Le fait de dire "Manger du poulet" et non plus "Manger un poulet" est-il un indice parlant ? Petit chez mes grand-parents, on allait tuer le poulet. Aujourd'hui, on va acheter du poulet, souvent en morceaux quand ce n'est pas en petits cubes blancs déjà précuits. Sommes-nous devenus fous ?

Parmi les dizaines de questions soulevées par ce bouquin, en voilà une qui m'a assez amusé. Pourquoi un paysan enferme-t-il ses dindes à clef ? Certainement pas par peur que ses glouglous foutent le camp. Pour aller où ? Au KFC ? Encore moins pour éviter que des voleurs ne repartent avec des dindes sous le bras : elles ne valent rien et la plupart sont malades. Non, la réponse est aussi funeste qu'évidente : on ferme tout pour que personne ne puisse rentrer voir ce qu'il se trame là-dedans. Mais c'est sans compter sur l'association PETA.

"Le fermier américain a nourri le monde. On lui a demandé de le faire après la deuxième guerre mondiale et il l'a fait."
Article écrit par Culturemania le samedi 26 mars 2016 à 10:57

Commentaires

Poster un commentaire :



Vous aimerez peut-être aussi :

cover

H. P. Lovecraft. Contre le monde, contre la vie

Un livre de Michel Houellebecq qui parle de l'oeuvre et de la personne de Lovecraft avec une introduction de Stephen King, comment laisser ça dans le buffet ? Ni une ni deux, j'ai descendu ce bouquin comme un poivrot descendrait du coq au vin. J'ai appris beaucoup de choses et lu pas mal de trucs ignobles. De quoi faire encore de beau rêves en bavant sur mon oreiller et en repensant à l'univers et à la personne de Lovecraft, l'homme qui détestait son époque et qui aurait vomi la nôtre.

cover

Enseigner à Vivre

Aujourd’hui, les programmes éducatifs nationaux, tout comme l’éducation en général, ont une visée bien particulière : les élèves doivent avoir de bons résultats. Toujours plus, toujours meilleurs, toujours plus haut, plus efficaces dans l’étroit couloir de connaissances que des grands pontes sortis de nulle part ont choisi à leur place. A l’instar de notre société productiviste et capitaliste, il faut générer, fructifier, rapporter, exhiber dès la plus tendre enfance. Et si les élèves étaient d’abord des enfants ? Des êtres humains ? Et si pour vivre heureux, il fallait… vivre, tout simplement ? « Enseigner à vivre » est un véritable manifeste pour une refonte en profondeur de l’éducation, où l’humain est à nouveau installé à sa juste place : au cœur de la vie, au cœur du monde.

cover

Le livre noir de l'agriculture : Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement

Voilà un livre que tout le monde devrait lire. S'il y a un truc qu'on a tous en commun, malgré tous les efforts que font certains pour pointer nos différences, c'est bien la bouffe. Certains n'ont pas cette chance, mais pour nous, c'est deux ou trois fois par jour. On s'assoit, on prend nos fourchettes, nos baguettes ou simplement nos doigts et on se régale de nos assiettes. Et si jusque-là on faisait ça de manière insouciante, les choses sont devenues tellement graves qu'il est évident qu'elles doivent changer.

Consulter les articles du même genre...



Participer à Culturemania

S'inscrire

Inscription

Inscrivez-vous et prenez la plume pour publier vous-même des articles sur Culturemania ! On vous demandera le minimum : un pseudonyme, un e-mail valide et un mot de passe savament choisi. Le reste, c'est si uniquement si vous le décidez !

Espace rédaction

Redaction

Déjà inscrit ? Alors direction l'espace rédaction de Culturemania pour vous lancer et rédiger vos articles ! Textes, images, vidéo, citations, utilisez toutes les options disponibles pour donner à vos articles ce petit truc qui fait qu'on le lira jusqu'au bout !

Informations

A Propos

Vous voulez en savoir plus sur Culturemania et son mode de fonctionnement ? C'est par ici ! Tout a été fait pour se simplifier la vie au maximum. Nous avons fait le choix de vivre avec les machines alors autant que ce ne soit pas pour se pourrir la vie !