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Houellebecq Economiste

Article écrit par Culturemania le lundi 10 octobre 2016 à 21:47
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La littérature rend immortel. C'est peut-être ce qu'il faudra se demander sur notre lit de mort : quelle a été l'utilité de notre si longue vie ? Ceux qui ont des enfants ont la réponse toute faite et se reposent sur l'espoir que la vie de leurs petits morpions aura elle une quelconque utilité. Et pour les autres, la réponse est souvent désespérée. Car non, la vie ne sert à rien à notre époque. On arrive, on reste un peu, on fait des courses et tchao la compagnie. On est là comme à l'hôtel, dans une chambre plus ou moins dégueulasse à un étage plus ou moins élevé. Le malaise est total. Mais comme disait un autre bourgeois pouilleux : "Ne nous suicidons pas toute de suite, il y a encore du monde à décevoir".


Auteur : Bernard Maris dit Tonton Bernard

Editions : Flammarion

Ils mangent, ils mangent. Qu'est ce que tu veux qu'ils fassent d'autre ?

Bernard Maris, je le vois comme l'un de ces économistes Marxistes, mes préférés. Ceux qui sont persuadés que le travail doit créer une valeur d'usage, utilité concrète qui pourra s'échanger contre une autre valeur d'usage produite par le travail et donc le temps d'une autre personne. Un commerce est alors possible avec comme utilité d'échange le temps de travail nécessaire à réaliser les choses échangées. S'il faut 2 jours à une personne pour fabriquer une chaise, alors elle pourra en échanger 2 contre un banc qui aura lui demandé 4 jours de travail à une autre personne à temps de travail quotidien égal. Et voilà. Ça, tout le monde est capable de le comprendre. Notre monde économique, personne n'est capable de réellement le comprendre, pas même les économistes les plus sorciers descendant du grand manitou de l'argent. Et pourtant, on nage en plein dedans à chaque instant de notre vie. Misère.

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Si vous n'avez pas lu les bouquins de Houellebecq, c'est pas grave. Si vous n'avez jamais ouvert Le Capital de Karl Marx, c'est pas grave non plus. Vous connaissez le malaise de votre vie, et c'est bien suffisant. Si vous êtes salariés et que vous lisez Houellebecq Economiste, terminez-le, puis levez-vous, attraper le fusil du grand-père et tirez-vous une balle dans la tête. C'est ce qu'il y a de plus raisonnable. Car la lecture de ce bouquin peut être jubilatoire et pleine de fous rires (c'était mon cas) ou être une grande noyade dans le désespoir de vivre que vous essayiez pourtant si bien de cacher depuis longtemps. Tonton Bernard (oui oui oui, je me permets tout et je vous emmerde) va nous parler de comment tourne notre monde tout en faisant des ricochets sur les romans de Michel Houellebecq. Souvent dans ses romans, les personnages sont des gens simples, tristes, parfois minables mais toujours avec une vision désabusée et merdique de la vie qui les entraîne. Cette vision pourrie est souvent mise en relation avec l'Occident et son mode de consommation, son rythme insupportable, sa compétition débile et son désir insatiable pour des choses dont tout le monde devrait raisonnablement se foutre. Tant de métiers sont inutiles et inexplicables. Parlons du commercial par exemple. Ces gens ne créent rien. Il enchaînent leurs journées à ne rien créer de réel. Ils vendent des choses, souvent à chier. Ils ont pour mission de nous convaincre d'acheter le produit fabriqué par les techniciens, les ingénieurs, les ouvriers et tous ces pouilleux qui partagent le même logo que lui mais certainement pas le même salaire. Mais réfléchissons. S'ils ont besoin de nous convaincre pour acheter leur saleté, c'est bien que le besoin n'existait pas à la base. Car si ce besoin était réel, les consommateurs que nous sommes n'auraient eu besoin de personne pour les convaincre. Moi, personne n'a besoin de venir me convaincre d'acheter une pomme, de l'eau, du sucre, des légumes ou encore quelques gâteaux. Ces choses se suffisent à elles-mêmes. Imaginez le commercial qui viendrait me persuader qu'il serait bon pour moi de manger pour me nourrir. Inouï ? Bien sûr ! Mais la publicité est passée par là et ce besoin incessant de nouvelles choses arrivera, tôt ou tard. Le commercial est là aussi pour aider la publicité, réduire le temps et donc accélérer la vie.
Tant d'autres métiers sont inutiles alors qu'ils sont les plus valorisés. Pire, les métiers qui sont là pour créer les choses, les valeurs d'usage, sont ceux qui disparaissent le plus et qui n'existeront bientôt plus. Jusqu'au jour où plus personne sur la planète ne sera capable de tâches élémentaires mais essentielles comme cultiver une pomme de terre, fabriquer un vélo ou purifier de l'eau. Et on crèvera tous car aucun de nos métiers ne pourra nous aider. Posez-vous la question : que répondez-vous lorsque l'on vous demande en quoi consiste votre métier ? Qui sont ceux qui comprennent vraiment votre réponse ? Et d'ailleurs, combien de temps à duré cette réponse ? A-t-elle commencé par une mimique gênée, preuve inconsciente de l'absurde inutilité voire dangerosité de notre rôle sur cette planète ?

Mais qu'est-ce que la nature ? Dans un monde totalement colonisé par l'homme, le supermarché n'est-il pas devenu le gîte naturel de l'espèce ?

Une des choses que je partage avec Houellebecq est ma passion des supermarchés. Certaines n'en reviennent pas car je pourrais en parler pendant des heures. Mais les supermarchés au sens noble du terme me passionnent. J'y vais parfois pour faire mes courses mais aussi parfois pour simplement ne rien y faire. Je pourrais y rester là pendant des heures sans même rien acheter. Je me sens là-dedans comme dans le centre absolu de notre univers cosmique. Le temple des offrandes, à la différence qui faut faire glisser les billets à la sortie. Mais c'est passionnant. L'agencement à été pensé, réfléchit, tout est nettoyé, remis en ligne. Certains métiers inutiles ont pour but de définir à quelle hauteur ont va placer ces céréales en fonction de la taille et de l'âge de ceux qui vont le plus les convoiter. C'est extraordinaire. Et cet enthousiasme partagé par tous, ces politesses infernales pour finir dans la colère d'une caisse qui n'avance pas. C'est bien le seul endroit où on est tous si pressés de donner de l'argent à une personne qu'on ne connait pas.
Mon seul regret est que dans celui où je vais, les caddies sont plutôt absents. Car avec un caddie devant soi, on retrouve les gens devant une égalité totale. Pour moi, le caddie dans un supermarché est l'égal de l'uniforme dans une école Anglaise. Sauf que si les gamins sont plutôt classes dans leurs uniformes, les humains sont eux minables et répugnants derrière leur caisse à roulettes. Mais ils sont de nouveau sur le pied d'égalité du désespoir, et ça, on ne peut le trouver que dans les supermarchés.

Je n'ai presque pas parlé du bouquin, je me suis un peu laissé aller mais cette petite heure d'écriture et de pensée a été très agréable pour moi. Je vais relire le tout pour corriger les fautes d'orthographes et puis si vous avez aimé lire cette page, alors vous aimerez le bouquin de Maris. Et puis qui sait, je vous ai peut-être aussi donné envie de lire Houellebecq. N'ayez pas peur prolétaires, clodos ou bien petits bourgeois, ça ne vous rendra pas plus minable, surtout si vous avez déjà la sale manie d'aller pousser un caddie de supermarché tous les samedis matin.

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Article écrit par Culturemania le lundi 10 octobre 2016 à 21:47

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