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2084 - La fin du monde

Article écrit par Culturemania le vendredi 16 septembre 2016 à 21:50
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Je pensais faire les choses dans l'ordre et commencer par parler du bouquin 1984 que j'ai relu avant l'été, mais finalement, voilà 2084 tant qu'il est encore présent dans ma tête. On est 100 ans après l'histoire d'Orwell. C'est une simulation de ce que sera le monde dans un futur que je trouve beaucoup trop proche et qui aura pour mission numéro une de faire oublier notre monde actuel. La religion, qui au passage commence sérieusement à me courir, recouvre intégralement ce futur hypothétique qui m'a donné l'impression d'une ancienne Egypte totalitaire, absurde, violente et où l'esprit a régressé pour faire semblant de croire à ces salades qui sont pour moi de la science-fiction malsaine.


Auteur : Boualem Sansal

Edition : Gallimard

La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité.

Le livre commence par un avertissement. Déjà pour moi, ça coince. Car c'est une façon presque insultante de prendre le lecteur pour un con. Est-ce qu'il s'est senti obligé de faire ça parce que son livre parle de religion et particulièrement d'un Islam totalitaire et dominateur ? Pour moi, cet avertissement peut être là aussi pour se dédouaner et se protéger des esprits faibles et critiques. Pourquoi pas. Mais de là à préciser au lecteur que cette histoire est une pure invention qui n'a aucune raison d'exister alors qu'il y a écrit 'roman' sur la couverture, je trouve ça limite foireux. Ensuite, se déclarer dans le continuum d'Orwell et de son 1984, c'est assez curieux. Et enfin, terminer l'avertissement par une phrase clin d’œil amical et bienveillant enfonce le clou et confirme ma petite démonstration.

Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle.

Bon alors j'y ai été fort, peut-être, mais je déteste les avertissements que je considère comme une insulte à notre intelligence et un gâchis à la lecture qui va suivre. Je dis souvent que l'auteur fait la moitié du boulot et le lecteur doit s'efforcer d'en faire l'autre moitié. A cause de cet avertissement, le boulot est foutu en l'air et empêche le plaisir d'un lecteur à lire cette histoire comme il en a envie. Phrase pompeuse : cela réduit le spectre des interprétations de lecture. Voyez, je viens de faire une réduction en introduisant mon propos précédent par "phrase pompeuse". Allez, parlons de l'histoire, parce qu'elle est furieusement pas mal.

On est en Abistan. Le Dieu suprême s'appelle Yöllah et son prophète s'appelle Abi. Les noms et les mots en général ne dépassent pas les deux syllabes. Simplifier les mots simplifie la pensée. Souvenez-vous l'épuration du langage et la réécriture des manuels et des livres dans 1984 de George Orwell. Le personnage principal s'appelle Ati. Il est au départ dans un sanatorium mais ne va pas tarder à foutre le camp pour réintégrer la société civile, soumise totalement au rythme de vie imposé par la divinité et son prophète que personne n'a jamais vu. Yölah est grand et juste, il donne et reprend à son gré. On prie 9 fois par jour en espérant être appelé avant sa mort pour participer à la seule activité excitante de la période, un pèlerinage vers un lieu saint. Hourra. En attendant, on subit les contrôles de la foi qui vérifient régulièrement si notre attitude envers la soumission est bien totale. Autrement, direction le stage pour la décapitation publique, et il est de bon loisir que de dénoncer son voisin ou son ami s'il a dévié du droit chemin. Pour le sac à vomi, c'est par ici.
Le monde est né en 2084. Avant, il n'y avait rien. Autour de l'Abistan, il n'y a rien. Certains parlent d'une Frontière, mais elle est comme la mort, personne n'est jamais revenu pour la raconter.

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Et pourtant, les renégats sont là. Ils vivent dans des ghettos accessibles par des points de passage, genre de checkpoint secrets. Là-dedans, les gens ne vivent pas sous le doux son de la foi et sont donc libre. Ils représentent alors une menace à exterminer. Mais Ati fait une drôle de rencontre en revenant du sanatorium. C'est ce qui va l'amener avec son pote Koa à aller voir ce qui se passe dans les ghettos pour écouter l'avis des pouilleux qui vivent là-bas. Il se trouve qu'un certain Nas aurait découvert un village lors d'une fouille archéologique qui remettrait en cause la religion en place. Grande sera la menace à celui qui ne reconnaîtra pas l’existence de Yölah et Abi. Ati et Koa vont vite se retrouver dans la merde et vont devoir se planquer avant de se frayer un chemin vers le saint des saint, la pyramide de la Küba, sorte de maison blanche du gouvernement religieux.

Alors ça devrait être violent, très violent. Dans l'idée, oui. Mais dans la lecture, non. J'ai eu l'impression d'être dans une fiction totale, un genre de voyage à travers des quartiers d'une sorte d'Egypte pleine de sable. Je n'ai pas trouvé la puissance que devrait avoir ce bouquin. Tout va trop vite. On n'a pas l'impression de marcher aux côté d'Ati, de se planquer avec lui, de perdre tout ce qu'il va perdre. Alors la comparaison avec Soumission peut se faire. Dans Soumission, on est à Paris, Pujadas monopolise la téloche, Marine le Pen est candidate. C'est donc forcément plus violent car proche. 2084 est une histoire de voyage à travers un pays purement fictif où l'horreur de la religion installée n'est pas assez ressentie. Je pensais vraiment que tout allait aller beaucoup plus loin dans les descriptions. Je n'ai pas été imprégné, impliqué alors que j'aurais voulu être outré, choqué, enragé. Tout est fictif, lointain et c'est là que je reviens sur mon histoire d'avertissement, qui est absolument inutile. Il serait par-exemple plus légitime dans Soumission de Houellebecq, mais c'est très bien qu'il n'y en ai pas. Donc, je suis assez déçu car c'est un bouquin qui je pense allait me marquer mais que je risque finalement d'oublier assez vite.

Avec le temps vint l'apaisement, Ati entrait par là réellement dans la routine rêvée. Il était enfin un croyant comme les autres, il ne courrait plus de danger. Il n'y a pas de révolte possible dans un monde clos, où n'existe aucune issue. La vraie foi est dans l'abandon et la soumission, Yölah est omnipotent et Abi est le gardien infaillible du troupeau.
Article écrit par Culturemania le vendredi 16 septembre 2016 à 21:50

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