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Il est de retour

Article écrit par Nana Scleurnk le mardi 06 septembre 2016 à 15:30
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Il, c'est Hitler. Soixante-six ans après sa disparition, il se réveille dans le terrain vague d'un quartier de Berlin et il n'en a pas perdu sa moustache. En ces temps incertains où notre pays se FN-ise, où les cultures étrangères dérangent de plus en plus le chaland et où les discours du commun des français me semblent un brin effrayants, je me suis dit « hey, le concept de ce bouquin peut être intéressant ! » Et en effet, il aurait pu. Mais en fait, non. Pas tout à fait.


Auteur : Timur Vermes

Edition : Belfond

Revoilà donc notre cher Adolf. Il se réveille tranquillou en 2011 dans son bel uniforme de Führer. Comme il ne comprend pas tout à fait ce qui lui arrive, et que c'est quand même la guerre non d'un chien, il essaie de retrouver ses acolytes avant de comprendre que Berlin a un peu changé. Les gens ne semblent même pas le reconnaître, on dirait même qu'ils le prennent pour un fou. Où est donc passé le salut nazi ? Pourquoi tous ces turcs ont-ils de jolis magasins ? Mais en quelle année sommes nous nom d'une pipe en bois ??
Une fois la date trouvée dans un journal, il reste encore pas mal de chose à comprendre pour Hitler. Non, l'Allemagne n'a pas gagné la guerre. Le Reich a laissé place à un état fédéral dirigé par une femme, et son territoire a été considérablement réduit. Le NSDAP a été interdit. La monnaie européenne est l'Euro, et non le Reichsmark... Et vous imaginez que le monsieur n'est pas très content. C'est sans doute pour ça qu'une force étrange l'a fait revenir : il doit encore sauver l'Allemagne, c'est une évidence !
Pendant qu'il se demande comment il va s'y prendre pour ce vaste programme, Hitler rencontre un marchand de journaux qui le trouve très bon dans son rôle de comédien et sosie. Celui-ci l'amène à rencontrer des producteurs de programmes télévisuels. Une chose en amenant une autre, voilà Adolf présentateur télé pour une émission humoristique. Et c'est un formidable succès ! Le peuple allemand est tordu de rire devant cet homme plein de talent, qui ne sort jamais de son personnage, et qui ose dénoncer les incohérences de la société et du gouvernement. Quel humour, mesdames et messieurs ! Sauf que Hitler, lui, n'a pas trop compris qu'il est sensé faire rire les gens. Il n'a d'ailleurs toujours pas capté que les gens le prennent pour un sosie. Lui il est à fond, et il croit en ce qu'il dit... Pendant que les néo-nazis n'apprécient pas vraiment ses interventions et le surnomment « sale cochon de juif ».
Bref, le concept marche du tonnerre, on ne parle que de lui, il enchaîne les interviews et les autographes, les gens l'aiment, il finit par écrire un livre et lancer une gamme d'affiches avec le slogan "Tout n'était pas mauvais". FIN.

On retrouve dans cet ouvrage un Hitler bête à souhait, mais aussi complètement égocentrique et imbus de lui-même, raciste, sexiste... D'une mauvaise fois crasse, il se permet de donner un avis sur tout. Absolument tout, en passant par les personnages historiques, la situation actuelle de l'Allemagne et par les races de chiens ou encore les émissions radio. Il est totalement dépourvu de recul et de second degré, ce qui l'amène donc à ne jamais comprendre que ses dires ne sont pas pris au sérieux.

Car le vrai chancelier de l'Allemagne unifiée, c'est quand même moi. Je doute que l'Allemagne unifiée de ce fameux M. Kohl soit aussi unifiée que la mienne l'était. Le compte en effet n'y est pas. Il manque : l'Alsace, la Lorraine, l'Autriche, le pays des Sudètes, Poznan, la Prusse-Occidentale, Danzig, la Haute-Silésie orientale, le territoire de Memel.

Le roman est écrit sur un ton humoristique. Son principal atout de ce côté-là est l'usage bien maîtrisé de quiproquos. Le problème, c'est que trop c'est trop, et qu'au bout d'un moment ça devient un poil lourdaud. Il y a bien quelques essais de blagues autres par-ci par-là, mais je dois avouer qu'elles ne m'ont pas fait rire. Je pense même ne pas les avoir réellement comprises pour la plupart. Au début, je me suis presque fâchée avec moi-même, car décidément je n'avais donc aucun humour, puis je me suis demandée si il n'y avait pas un petit problème au niveau de la traduction, le texte de base étant en allemand. Mystère... Mais je vous mets quand même un extrait sympa qui illustre bien le quiproquo qui court tout au long du bouquin. Cela se passe lorsque Hitler et Mme Bellini, productrice, mettent au point sa première apparition à la télé.

 - Il y a une chose sur laquelle nous devons être parfaitement clairs. » Tout en parlant, Mme Bellini m'avait regardé avec gravité. - Et de quoi s'agit-il ?
- Nous sommes bien d'accord : les juifs ne sont pas un sujet de plaisanterie !
- Vous avez absolument raison », répondis-je, presque soulagé. Enfin une personne qui savait de quoi elle parlait.

Voilà voilà. Le concept est pas mal, mais le livre se termine au moment où ça aurait pu devenir vraiment intéressant : lorsque certains citoyens allemands commencent à dire que ce Hitler hilarant ne dit pas que des âneries et que quelques politicards essaient de faire ami-ami avec ce cher moustachu. Continuer l'histoire en ce sens-là, l'approfondir, aurait pu être à la fois terrifiant, sociologique, accusateur, préventif, ou que sais-je encore... mais en tout cas plus que du simple divertissement. Dommage, l'auteur a fait le choix d'en rester là. Et moi je suis bien déçue car je n'ai pas l'impression d'avoir lu plus de surprises dans les 390 pages du bouquin que dans le résumé de la quatrième de couverture...

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Article écrit par Nana Scleurnk le mardi 06 septembre 2016 à 15:30

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