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Scintillation

Article écrit par Sowilo le lundi 19 janvier 2015 à 22:23
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Roman d’anticipation. Tels sont les seuls petits mots qui ont pu me faire tomber sur Scintillation. Ça, et une quatrième de couverture intrigante, qui me promettait déjà autre chose qu’un pseudo 1984 moderne. Promesse tenue. John Burnside, auteur et poète écossais, nous sert un roman étrange et hypnotique, très loin des standards de géopolitique fictives souvent associés à l’anticipation.


Editeur : Métailié

Le récit alterne les personnages et les points de vue. Surement parce que le personnage principal, c’est l’Intraville, cet endroit oublié du monde, friche industrielle qui a pour cœur son ancienne usine désaffecté qui transpire sa corruption, autant chimique que psychologique, sur tout ce qui vit aux alentours. Dans l’Intraville, des enfants disparaissent. C’est un fait. On les appelle les enfants perdus, comme dans Peter Pan. Est-ce que c’est un fait susceptible de changer quoi que ce soit en Intraville ? Ça, c’est une autre question. Il y aurait une enquête à faire, des choses à bousculer pour découvrir la vérité. Et quand bien même, quand tout est englué dans une pourriture tenace, qu’est-ce qu’on en ferait, d’une vérité ?

Scintillation navigue au travers des personnages comme au travers des genres, entre thriller, policier, société, roman d’apprentissage, poésie salvatrice et horreur indicible. Que Burnside soit poète ne m’étonne pas, vu l’élégance de son écriture, même après traduction. C’est cette scintillation-là qui attire le lecteur à son tour en Intraville, même si on comprend très vite qu’elle ne nous veut aucun bien. A l’intérieur du roman, le point brillant, c’est Léonard, un jeune garçon qui devient d’autant plus attachant qu’il semble être la seule étincelle de vie véritable là-dedans. A côté du reste, ses réflexions, mêmes les plus cyniques, sa soif de savoir et son appétit sexuel semble, effectivement, scintiller. C’est cette pensée et ce recul que l’Intraville n’a pas. En Intraville, on sait mais on ne fait rien, on est lâche et corrompu, mou, on ne veut pas voir, on attend. Et il y a cet Homme Papillon qui rôde, figure empruntée au folklore américain, ici à cheval entre la mythologie qui lui donne son nom et l’archétype communément admis du pédophile moderne.

Incroyable comme ce titre est bien choisi. Dans cette noirceur gluante, il y a bien quelque chose qui brille, une écriture, des messages diffus, nombreux et bien emmenés (entre écologie, société etc.), qui laisse des traces après la lecture. A conseiller aux optimistes, et c’est bien là tout le paradoxe, mais aux optimistes qui ne craignent pas les berceuses empoisonnées.

Article écrit par Sowilo le lundi 19 janvier 2015 à 22:23

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